Et au milieu coulait une rivière

C’est au pied de la Colline de Champel, là où l’Arve reprend son souffle, entre deux cascatelles et déroule avec nonchalance l’un des méandres dont elle a le secret, que la Ville de Carouge avait  jeté, en 1964 son dévolu, pour y construire une piscine. Les autorités ne s’y étaient pas trompées, un demi-siècle plus tard, le site est toujours aussi somptueux, avec cette indescriptible harmonie entre bâti, verdure et frondaisons d’arbres majestueux, qui fait le ravissement de la population et des employés qui s’activent dans ce cadre idyllique. Pas même l’impressionnante muraille de béton du CEVA qui s’enfonce résolument sous le Plateau de Champel en surplombant les installations, n’aura réussi à écorner ou ternir la beauté de cette magnifique quinquagénaire.

C’est donc là, dans ce morceau de paradis, que Carouge Natation organise chaque année, son Mémorial Hora. Une manifestation qui commémore, sous la forme d’un tournoi de water-polo, la disparition tragique de deux poloïstes carougeois,  Mikaël et Christophe Hora, cueillis dans la fleur de l’âge.

 

Des filles…..enfin !

Massimo Castrilli, l’homme-orchestre de l’événement et son Comité de bénévoles, s’étaient promis de donner un éclat particulier à cette dixième édition,  en y invitant par exemple  des  équipes féminines, Turun, Echirolles, Suisse romande A et Suisse romande B. Une première.

Chez les garçons six équipes ont répondu à l’appel, Sauveteurs de Givors, AS Monaco, Pont-De-Claix GUC, Suisse U15, Suisse U17 et Carouge. En tout, vingt-deux matchs enchaînés à un rythme effréné, durant trois jours, avec en point d’orgue, un match de gala opposant la Première Equipe carougeoise, renforcée par son nouvel attaquant, Levente Szabo, à celle d’Aix-Les-Bains, samedi.

Ce sont les finlandaises de Turun qui ont remporté le tournoi face à Echirolles, tandis que les Sauveteurs de Givors se sont défaits des U17, fort bien coachés par Kader qui remplaçait au pied levé l’entraîneur.

 

Dans les tribunes, au milieu du public, arborant lunettes de soleil, un homme n’a rien perdu des évolutions des Juniors du Cana, confrontés à ceux de l’Equipe Nationale helvétique. C’est Marc Brisfer, un Ch’ti de Tourcoing, annecien d’adoption. L’homme a écumé les bassins du monde entier et fusillé bien des buts adverses, comme joueur, avec trois tournois préolympiques, une participation aux  jeux de Séoul en 1988, trois Championnats du monde huit Championnats d’Europe, sans parler de la Coupe Latine et des Jeux Méditerranéens. Il est désormais le sélectionneur des juniors et de la Deuxième Equipe. Le Mémorial lui permet de faire un état des lieux et d’affûter son futur plan d’action.

 

Un deuxième homme, déjà à la manœuvre depuis une quinzaine de jours, est désormais à la tête de la Première Equipe. Il faisait son baptême du feu,  avec le match de gala. Il s’agit d’Anastasios Pyrpyris. D’origine grecque, à  trente-cinq ans, il a déjà une solide carrière d’entraîneur d’équipes féminines de Grèce  dont on connaît l’excellent niveau. L’homme a réussi à hisser son équipe féminine sénior à la quatrième place et celle des U19 à la première place du Championnat hellénique, en 2018.

 

Dans les coulisses, il était une ruche

Dans tout événement, grand ou petit, il y a des coulisses. Le Mémorial Hora n’aura pas échappé à ce postulat. C’est du côté des cuisines qu’il fallait en chercher. Pas moins d’une vingtaine de bénévoles s’y étaient donnés rendez-vous, pour garnir les assiettes, rôtir les poulets, griller les hamburgers, caraméliser les oignons, faire revenir les champignons ou assurer le service, nettoyer les installations et les remettre en ordre.

Une véritable ruche pour servir la centaine de poloïstes, leurs coaches, leurs accompagnateurs, leurs amis ainsi que les spectateurs. En tout ce sont plus de huit cents repas qui furent servis de mains de maîtres.

Parmi le millier de personnes qui ont foulé  l’herbe de La Fontenette, le samedi 8 septembre, il y avait sept anonymes, deux ostéopathes, une humanitaire, un médecin-dentiste, un avocat, une bibliothécaire et un expert-comptable.  A 18.30, il n’était plus question d’anonymat. Nos sept sans-noms, se sont saisis de leur instrument de musique pour devenir « Les Blues Berries », donnant le signal de départ de la soirée musicale. Le groupe ravit son public,  avec un répertoire d’une heure trente, puisé dans le Blues, faisant pleurer les guitares, résonner les caisses grosses ou claires et vibrer cymbales et Charleyston. Après une belle reprise de “One step ahead of the blues”, les musiciens ont repris leur place parmi les nombreux visiteurs goûtant un moment de détente, en cette délicieuse nuit de fin d’été,  sur des airs de musique distillés par un Disc-Jockey.

 

« L’année prochaine à La Fontenette ! »

Le Mémorial s’est achevé au milieu de la nuit du dimanche et avec lui la saison estivale du Carouge Natation. Pendant que l’Arve, tantôt impétueuse, tantôt nonchalante, poursuit, immuable, son chemin vers sa confluence avec le Rhône, grands et petits, nageurs et poloïstes ont repris le chemin de la petite piscine des Pervenches, en  nourrissant le rêve secret, désormais  vieux de plus d’une décennie, qu’un jour, La Fontenette, ce morceau d’Eden,  devienne leur  Quartier Général.

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